Emission du
27 juin 2008
[close up] Féminisme pop
Alors comme ça, les filles d’aujourd’hui ne s’intéressent plus à la cause féministe ? Si vous pensez ça, vous avez tout faux. Les féministes de la culture pop viennent de relancer le débat.
Le féminisme est de retour. Les jeunes femmes de 2008 reprennent à leur compte les revendications des féministes old school : à travail égal, salaire égal, autodétermination sexuelle et refus de la dictature de la beauté. Mais qui sont les nouvelles féministes ?
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Charlotte Roche
En Europe, la sexualité féminine est de moins en moins tabou. En Allemagne, l’une des portes paroles des féministes nouvelle mouture n’est autre que Charlotte Roche, présentatrice télé et auteure d’un best-seller sur la question. Charlotte, elle-même fille de féministe, a grandi dans un environnement où le combat pour l’émancipation faisait partie du quotidien.
Charlotte Roche : « A la base, je dirais qu’une éducation féministe, c’est une éducation qui ne donne pas à une jeune fille l’idée que certaines choses lui seraient inaccessibles ou interdites du simple fait de son sexe. C’est l’éducation que mes parents m’ont donnée. A la maison, les garçons et les filles étaient complètement sur un pied d’égalité, quant à leurs capacités. »
Avec un goût prononcé pour les détails trash, Charlotte raconte son expérience du corps féminin et de ses sécrétions. « Feuchtgebiete – Zones humides », c’est le titre de son best-seller, où elle part en croisade contre la surenchère esthétique et l’épilation intégrale à la cire. Au passage, elle revendique le droit pour les femmes à davantage d’autodétermination. Avec 500 000 exemplaires vendus, Charlotte peut se vanter d’avoir fait mouche.
Charlotte Roche : « Je crois qu’aujourd’hui encore le pénis est considéré comme quelque chose de génial et la foufoune comme quelque chose de dégoûtant. Le monde entier est convaincu que le sexe féminin sent aussi mauvais qu’un poisson en décomposition. Ce n’est pas une image très gratifiante… Pour la sexualité orale, c’est même plutôt paralysant. Ce n’est pas étonnant que les femmes soient crispées quand leur partenaire veut lécher leur sexe. C’est parce que, toute leur vie durant, on leur a répété qu’elles sentaient mauvais. »
Le livre a été lu aussi bien par des femmes que par des hommes. Plusieurs traductions sont en cours, notamment vers l’espagnol et le taïwanais. Un succès qui a bluffé la critique littéraire. Dans les émissions télé et dans la presse écrite, Charlotte est omniprésente. Apparemment, le fait de parler crûment de sexualité féminine est toujours considéré comme exceptionnel. Or la sexualité, c’est l’un des chevaux de bataille des nouvelles féministes.
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Susanne Klingner
Susanne Klingner, 30 ans, se définit comme une « femme alpha », une femelle dominante. En collaboration avec deux collègues journalistes, elle a signé le livre « Les femmes alpha », un plaidoyer vibrant pour un féminisme nouveau qui n’exclut personne, et surtout pas les hommes. Le modèle à suivre, ce sont les Etats Unis.
Susanne Klingner : « Les féministes américaines, qui constituent la quatrième vague du mouvement, elles sont géniales. Elles sont jeunes, elles se bougent, elles sont sur internet… Je trouve ça super… Vraiment, respect. Et quand j’ai compris que le féminisme, ça pouvait être comme ça, je me suis dit ‘Ok, ça m’intéresse’. »
Aux Etats Unis, le mouvement féministe n’est pas marginal. Des magazines indépendants comme Bitch, Bust ou Venus rafraîchissent très nettement l’image des féministes aigries de la première heure. Ici, les filles sont branchées, libérées, cool ET féministes.
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Lady Bitch Ray
Le pénis instrument de pouvoir, elle, ça la fait doucement rigoler : Lady Bitch Ray, porte-parole du « Pussy Power ». Pas gênée, elle reprend à son compte les gesticulations machistes des hiphopeurs masculins, au risque d’exaspérer parfois certaines féministes plus politiquement correctes.
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Peaches
Dans les émissions télé, les nouvelles féministes prennent depuis peu un malin plaisir à appeler un chat un chat. Une forme de provocation que la culture musicale underground connaît depuis plusieurs années. Exemple : Peaches qui n’a jamais mâché ses mots et qui adore inverser les rôles. Ici, elle revendique « two guys for every girl » (deux mecs pour chaque fille).
* Sonja Eismann
A trop focaliser sur les détails érotiques, le féminisme ne court-il pas le risque de perdre sa crédibilité ?
Sonia Eismann est journaliste. Dans ses articles, elle analyse le rapport entre féminisme et pop-music. Pour elle, le féminisme radical n’en est qu’à ses débuts.
Sonja Eismann : « Récemment, une étude a démontré qu’en moyenne les femmes gagnaient 25% de moins que les hommes. Et depuis deux trois ans, dans de nombreux journaux, on sent qu’il y a une demande d’un féminisme nouveau. Les gens sont conscients que l’égalité des sexes n’est pas encore accomplie et qu’il faut en faire beaucoup plus. »
De fait, et contrairement aux idées reçues, l’émancipation des femmes est loin d’être acquise. Si au cours des études, l’égalité des chances est à peu près respectée, dès la naissance de leur premier enfant, beaucoup de femmes subissent un sérieux coup d’arrêt. Dans l’économie, la politique et les domaines scientifiques, elles restent largement sous-représentées. Voilà les sujets qui intéressent véritablement les femmes « alpha ». Pour elles, le sexe, ce n’est pas l’essentiel.