Emission du
20 juin 2008
[dream] Cabaret Voltaire
Avec Kraftwerk et CAN, Cabaret Voltaire fait partie de la dream team des défricheurs de l'électro. Rencontre au sommet!
Inconnu du grand public, inclassable et mystérieux, Cabaret Voltaire compose sa musique en pionnier dès 71 avec des claviers et des boîtes à rythme. Membre fondateur de ce trio anglais qu’il quitte en 81 pour devenir preneur de son à la BBC, Chris Watson est toujours un fou de son. L'un de ces derniers albums sorti en 2005 est composé d'enregistrements de fauves dévorant une carcasse de gazelle.
Originaires de Sheffield, la ville industrielle situé dans le nord de l’Angleterre où le label électro WARP prendra racine en 89, les trois mousquetaires de Cabaret Voltaire fréquentent l’université des arts. Ils décident assez rapidement de former un groupe expérimental. Plutôt que d'enregistrer des albums, ils préfèrent se produire dans des performances live.
Chris Watson : "Les premières années de Cabaret Voltaire sont largement inconnues, on en était les seuls témoins. On construisait des pièces sonores, on créait des chansons, on les travaillait, on les enregistrait, mais on ne sortait pas de disques. On sortait en ville, l'un de nous avait un van, et on jouait notre musique dans le van en se baladant. Et puis parfois on se mettait devant les grands magasins de Sheffield et là, on mettait la sono à fond avec notre musique, et on s’amusait en regardant la réaction des gens, c’était marrant !"
Une performance surréaliste ! Le sang des dadaïstes coule dans les veines du groupe Cabaret Voltaire. Leur nom d'ailleurs s'inspire de la taverne zurichoise où se retrouvent les artisans du mouvement dada.
Nés en 1916, les dadaïstes revendiquent un art anti-bourgeois. Ils sont bientôt rejoints par Modigliani et Marcel Duchamp qui devient avec son bidet l’un de ses plus grands ambassadeurs. Faire table rase des conventions et créer en s’amusant, le mot d’ordre des dadaïstes, séduit Man Ray dès 1918. Cette année-là, l’artiste Georges Grosz crée ses premiers oeuvres à base de photomontage. À la fin des fifties, avec le "cut up", l'écrivain américain William Burroughs transpose ce jeu de découpage et de collage à la littérature. C’est cette même technique que Cabaret Voltaire appliquera quelques années plus tard à la musique.
La technique de "cut up", base de la musique électronique est aussi utilisée par Cabaret Voltaire pour le traitement de l’image. En pionnier, ils samplent des dialogues de films et créent des vidéos qui s'accordent avec leur son comme dans "Sensoria". Avec ses mouvements de caméras et ses boucles hallucinantes, ce clip, sorti en 83 est la première vidéo musicale projetée dans un musée : le Musée des Arts Contemporains de Los Angeles.
C'est le dada des Cabaret Voltaire. Curieux de voir comment le public réagit à sa musique, le trio accepte de donner son premier concert en 74. Dans une Angleterre en pleine vague "basse, guitare, batterie", le groupe joue la provocation.
Chris Watson : "Notre premier concert était à l’université de Sheffield. Dès le départ je me suis rendu compte que ça allait mal se passer. Pendant la balance, j’ai vu que les gens étaient intrigués car je jouais une boucle de marteaux pneumatiques. Le concert a bien commencé, mais au bout de 15 à 20 minutes, ça a commencé à tourner au vinaigre. Le public a réalisé qu’il n’y avait pas de sélection de morceaux ni de batteur ni de guitare et que ça n’allait pas changer. Il y avait des murmures et puis les gens sont monté sur scène et puis tout a explosé. Il y a eu une bagarre et notre chanteur, Mal, s'est fait agresser. Il a été balancé hors de scène et il a eu une vertèbre fêlée ! Et puis le punk est arrivé et tout s’est remis en place, et ça nous a aidés. Même si on était en parallèle de ce mouvement, il nous a beaucoup aidé."
En 78, sept ans après sa création, Cabaret Voltaire sort enfin son premier vinyle. Parmi les quatre titres parus sur le label Rough Trade, une provocation digne des dadas : le morceau “Do the Mussolini (headkick)”, “Shoot dans la tête de Mussolini” en VF. Cette référence au 27 avril 1945, date à laquelle les Italiens ont fait la queue pour botter le corps du dictateur déchu, n'a pas toujours été bien saisie.
En 81, Chris Watson quitte le Cabaret pour devenir preneur de son à la BBC. Le groupe continue sans lui et s'égare, attiré par la pop. Au total, les "Cabaret Voltaire" auront enregistré une trentaine d’albums, une soixantaine de maxis et travaillé avec l'écrivain William Burroughs ou le photographe Anton Corbjin, auteur de leur premières pochettes. Pour son premier concert en 25 ans, Chris Watson persiste et signe dans l’expérimental. La tête d’affiche du dernier festival « Présences Electroniques » présenté par l’INA, est accompagné d’un compositeur japonais et d’un sculpteur sonore américain. Pour l’ex "Cabaret Voltaire", le son reste son jeu de prédilection.