Emission du
08 février 2008
[dream] Happy Mondays
Avec son groupe les Happy Mondays, Shaun Ryder a érigé la drogue et la glande comme un étendard. Abonnés aux plans foireux, ils ont toujours préféré leur dealer à leur producteur, accélérant la chute de leur label, le mythique Factory Records de Manchester. Un style de vie qui a rebaptisé leur ville natale en Madchester, Manchester-la-Dingue!
Happy Mondays, "joyeux lundi", c'est un pied de nez au morceau Blue Monday, "Lundi Noir" des New Order. Au début des années 80, dans l'Angleterre thatchérienne ravagée par le chomâge et crispée, Shaun Ryder et son groupe revendiquent le droit à la fête.
En 78, Tony Wilson, journaliste de Manchester, fonde le label Factory Records, qui abrite Joy Divison puis New Order. Surfant sur cette nouvelle vague, il monte son club, l'Hacienda. On y passe du rock, de la house et du funk. Un mélange détonant qui transforme Manchester en épicentre de la dance-music européenne. En 83, les Happy Mondays participent à un concours à l'Hacienda et finissent bons derniers, ce qui n'empêche pas Tony Wilson de les signer sur son label.
L'alchimie des Happy Mondays, c'est celle de l’amitié entre Shawn Rider et Bez qui carbure à des doses incroyables d’ecstasy. Surnommé le "Freaky Dancer", il fait partie intégrante du groupe sans savoir jouer du moindre instrument.
« J’ai jamais été à l’aise d’être chanteur dans un groupe. J’aime pas avoir toute l’attention braquée sur moi. C’est un boulot, et je dois le faire. J’aime faire de la musique, mais il faut faire toutes ces conneries-là. Alors j’ai emmené Bez pour m’enlever un peu de cette pression. »
Le premier album des Happy Mondays, "Squirrel and G-Man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Carnt Smile (White Out)", produit par John Cale du Velvet Underground, sort en 1987 dans l’indifférence générale. Mais le second, "Bummed", l'année suivante fait mouche. À tel point que Tony Wilson les envoie à New York pour faire monter le buzz. Finalement contre toute logique, en 1989, c’est la consécration pour les Happy Mondays qui sont invités à Top of The Pops sur la BBC. Leur troisième album "Pills, Thrills ‘n Bellyaches", "pilules, frissons et maux de ventres", allusions aux lendemains de prise d’ecstasy, rentre dans le top 10 dès sa sortie.
Plus le groupe cartonne et plus Shaun ressemble à une pharmacie ambulante. Leur producteur Tony Wilson croit avoir trouvé la solution en envoyant les Happy Mondays enregistrer aux Barbades, en 1992. Mauvaise pioche!
« Il n’y avait pas d’héroïne là-bas. Mais il ne savait pas que c’était plein de crack et de coke. Je n’étais pas très content du choix des producteurs, vraiment pas. Je voulais attendre qu’Oakenfold et Osborne soient disponibles pour enregistrer la suite de "Pills'n'Thrills". »
Shaun sèche les enregistrements et passe ses journées à se défoncer. L'aventure coûte plus de 300 000 euros à Tony Wilson, et le quatrième album des Happy Mondays, "Yes Please!", est un fiasco : Factory Records fait faillite. Le groupe se sépare deux mois plus tard. Bez fait carrière dans la pub. Shaun, lui, s'exile en Australie et fonde Black Grape, avant de revenir en Angleterre deux ans plus tard.
En 2002, alors que tout semblait fini pour les Happy Mondays, le film "24 Hour Party People", à la gloire du label Factory Records, fait un tabac en Angleterre et relance leur carrière. Le groupe signe un nouvel album et remonte sur scène. Et tout ça sans avoir tiré la moindre leçon du passé