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Emission du 15 février 2008

[backstage] Les artistes pop victimes d’injustices sociales


La vie sans luxe, l’art sans pognon. Rencontre avec des musiciens de la précarité.

A l’heure où les bourses font du yoyo, l’industrie se porte comme un charme. En 2007, elle a engrangé des bénéfices record. Paradoxalement, le nombre de gens atteignant le seuil de pauvreté augmente en permanence. Parmi eux, les musiciens underground, souvent oubliés par la déferlante commerciale. Pour survivre, ils misent sur leur aptitude à la débrouille et sur leur imagination. Saint-Précaire, protecteur des pauvres, est de retour.

Aujourd’hui, le langage politiquement correct ne parle plus de « classe des pauvres », mais de précariat. De fait, la précarité ce sont des salaires de misère, des stages à peine rémunérés et peu de perspectives d’amélioration. Leur loyer ou leurs vacances, les musiciens les financent avec des jobs qui n’ont souvent rien à voir avec leur art.

Le groupe berlinois Die Türen a été fondé en 2002. « Popo », leur troisième album est sorti l’année dernière. Leurs morceaux proposent une vision critique de la société sur un beat dansant, avec des riffs à la guitare. Selon eux, la valeur que les Allemands accordent au concept « travail » est avant tout une question socioculturelle.

Etre artistes indépendants, Almut Klotz et Christian Dabeler l’ont décidé il y a longtemps. Almut a été chanteuse du groupe pop berlinois Lassie Singers. Christian a travaillé en tant que musicien et réalisé des films. Avec « Menschen an sich – des humains en soi », ils ont sorti un album qui se situe quelque part entre la chanson, la pop-glamour et le lo-fi. Pour les musiciens peu connus, les ennuis commencent souvent avec le financement d’un album.

Les Goldenen Zitronen – Les citrons dorés se rencontrent à Hambourg en 1984, au plus fort de la contestation politique. Ils tirent à boulets rouges sur le capitalisme et la violence d’Etat et se produisent dans des squats et des MJCs. Plusieurs maisons de disques essaient de les signer, mais ils refusent, au nom de leur indépendance artistique. Une attitude qui n’a pas changé d’un iota : Ted Gaier, co-fondateur des « Zitronen », considère toujours l’évolution du marché de l’art avec le même scepticisme. Par définition, l’art indépendant doit rester indépendant, notamment par rapport aux sponsors privés.

Pas d’argent, zéro perspective, aucune sécurité et des ressources distillées au compte-gouttes. Avec tout ça, pas facile d’avoir la pêche et d’être créatif. Heureusement, la plupart des musiciens ont appris à gérer les incertitudes de leur avenir. Pour les musiciens indépendants, la richesse est une utopie. L’art, c’est la réalisation de soi, expliquent-ils. Pour ça, il faut prendre des risques et refuser la complaisance. Il faut oser déranger, quitte à se prendre une gamelle.


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